André Turcat
Retraité
Souvenirs associés
Une éclipse est prévue au-dessus de l’Afrique… C’est l’éclipse du siècle parce qu’elle se produira au moment du solstice d’été, ce qui est excessivement rare !
Au début de l’année, un astronome vient me trouver et me dit : « Nous avons calculé que lors de l’éclipse, l’ombre de la lune sur la terre avance à peu près à la vitesse du Concorde, à peine un tout petit peu plus vite. Si vous pouviez la suivre, ça nous permettrait d’étudier une éclipse totale de plus d’une heure, alors qu’observée du sol, comme on l’a toujours fait, une éclipse totale ne dure que trois ou quatre minutes ! »
L’idée me plaît. Mais pour qu’elle soit réalisable, il faut fabriquer des hublots sur le toit pour pouvoir observer l’éclipse. Le prototype 001 du Concorde n’a plus aucune utilité. Nous transformons donc ce modèle pour tenter l’expérience.
Le décollage a lieu le 30 Juin 1973 de Las Palmas. A bord, je transporte un groupe de scientifiques Français, Anglais et Américains. Je dois rejoindre Fort-Lamy, au Tchad ( qui sera rebaptisé N'Djamena quelques mois plus tard ), en restant dans l’alignement du soleil et de la Lune. J’ai choisi de partir avec vingt secondes d’avance, et de manoeuvrer en l’air pour perdre des secondes. Voler à 18 000 mètres d’altitude et calculer des secondes est extrêmement difficile ! On vole à 600 mètres par seconde : l’avion parcourt un kilomètre en 1, 5 seconde.
Avant d’atteindre le point de départ de l’éclipse, j’ai trois secondes de retard. Je me mets au défi de les rattraper ! L’avion joue avec le cosmos, j’arrive à une seconde près. L’éclipse a déjà commencé, elle nous rattrape… et nous nous trouvons dans l’ombre de la lune ! Je vole autour du cercle de la Terre. J’aperçois, à l’horizon, des nuages éclairés par le soleil. Mais nous, nous sommes en vol de nuit… Je suis l’ombre de la Lune durant 75 minutes. C’est un vol unique dans l’histoire !









