Henri Crotti

Retraité
  Né le 7 mai 1916. Retraité Chef d'entreprise - Société de peinture et de décoration de 1961 à 1990.  
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Le 13 juin 1940, la veille de l’entrée des Allemands dans Paris, tous les Italiens qui avaient émis le souhait de s’engager dans l’armée française sont réunis au champ de course de Saint Cloud.

Un soldat, de l’âge de mon grand-père, en uniforme de la guerre 14, nous tient un discours solennel : « Vous êtes des engagés volontaires, mais l’Italie vient d’entrer en guerre contre la France. Maintenez-vous votre engagement ? »

J’écoute médusé, cette mascarade. Cela fait déjà bien longtemps que je combats le fascisme avec des amis du parti communiste. Nous lancions des appels répétés pour avertir l’opinion que l’Italie fasciste allait nous tomber dessus et que nous voulions nous battre pour la France.

Le vieux soldat continue son discours en jetant des regards inquiets vers le ciel à chaque passage des avions allemands : « Considérez-vous dorénavant comme des Français. Vous êtes sous la protection de la France qui vous prend sous son aile. »

Nous repartons, atterrés par ce que nous venons d’entendre. Le soir même, je vois passer un side-car allemand par la porte de la villette.

Le lendemain, je suis avec un copain près de la gare du nord, à l’angle de la rue Lafayette. Il n’y a pas âme qui vive dans les rues, et tous les volets sont fermés.

Nous sommes tout d’abord saisis par le bruit du déplacement des troupes allemandes qui résonne dans les rues désertes.

Nous les voyons arriver, imposants, jeunes, le teint halé par le soleil du mois de juin. Il se dégage de ce défilé une impression terrible de force.

Il fait beau ce jour là, et nous ne pouvons retenir nos larmes.

Dans les jours qui suivent, les parisiens reviendront d’exode, emplis d’un « lâche soulagement » pour reprendre les mots de Léon Blum :

"La guerre est probablement évitée. Mais dans des conditions telles que, moi qui n’ai cessé de lutter pour la paix, qui depuis bien des années lui avais fait le sacrifice de ma vie, je n’en puis éprouver de joie et que je me sens partagé entre un lâche soulagement et la honte."

 Léon Blum, Le Populaire du 1er octobre 1938

 

3 commentaires
2350 Lu

Guerre 1940

par Patrick Poirier | 04-06-2009

La citation de Léon Blum a été publiée en 1938. Il fait probablement référence ici aux résultats des Accords de Munich du 29 septembre 1938 qui mettent fin à la crise des Sudètes et aux menaces de guerre en Europe.

guerre 1940 suite

par annick Boo | 26-09-2008

vous avez mal compris Mme Bagno : M. CrottiI citait une phrase de Léon Blum, et ne disait pas que la guerre avait été évitée (forcément il était bien placé pour savoir qu'elle n'avait pas été évitée).

guerre 1940

par Odette Bagno | 10-08-2008

Le témoignage mentionne "guerre évitée" . C'est une erreur , la guerre venait d'avoir lieu et avait été perdue par la France en sacrifiant en première ligne , le 6 juin 1940 les volontaires étrangers du 22ème RMV qu'on nommait le régiment des bouts de ficelle car ils étaient sous équipés . Patris de Barcarès vers le front en mai 1940 avec des fusils mais pas de munitions!