Olivier Vasseur

 Responsable de pôle de gestion privée chez WFinance. De 1990 à 1996 : cadre bancaire (banques française et américaines) Intègre WFinance en 1996.
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Evénement : 11 septembre

© Olivier Vasseur

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7 septembre 2001

J’arrive à New York en compagnie de deux amis.

Le premier contact physique avec la ville, c’est lorsque le bus, en provenance de l’aéroport de New Ark, nous « lâche » au pied du World Trade Center. Le gigantisme et l’énergie sont déjà au rendez-vous. Notre hôtel est situé sur la 51ème, un peu au dessus de Time Square.

11 septembre 08H00

Nous prenons le métro pour prendre le bac au sud de Manhattan et longer la statue de la liberté.

Au milieu du trajet, la rame s’immobilise. Le conducteur nous informe que le métro ne repartira pas. Le sud de Manhattan est investi massivement par la police.

Nous sortons du métro et nous retrouvons dans Greenwich. Nous sommes cueillis par le vacarme assourdissant des sirènes de pompiers. Beaucoup de voitures sont arrêtées et notamment celle d’un journaliste auprès duquel nous nous renseignons. Il nous répond qu’il y a un problème avec « two planes » mais dans la cacophonie, nous entendons « two trains ».

Alors nous continuons tranquillement notre marche vers le sud. De plus en plus de voitures s’immobilisent au milieu de la route, portes ouvertes. L’atmosphère devient de plus en plus irréelle. Et là prêtant l’oreille aux commentaires de passants et des automobilistes nous entendons :

« Il y a des dizaines de morts dans la tour. »

« On ne sait pas où est le président. »

« Ce sont des actes terroristes. »

« On est sans nouvelle d’une dizaine d’avions. »

« C’est l’état de guerre. »

« Un avion est tombé sur le Pentagone et sur la Maison Blanche. »

« Un avion s’est écrasé sur la Maison Blanche. »

C’est à ce moment là que nos regards se tournent vers le point que tout le monde regarde et nous découvrons que les Twins Towers sont en feu.

Nous arrivons sur la 14ème, au premier barrage de police. Nous avons le sentiment d’être projetés dans un film policier: le FBI, le NYPD, la DEA, tout le monde est là. Nous sommes abasourdis, le temps s’arrête. Les gens pleurent. On sait qu’il s’est passé quelque chose de grave mais surtout il règne la sensation diffuse que le pire est à venir.

10 H 10: une tour s’effondre, les gens paniquent, le nuage de poussière arrive sur nous. La foule recule: il faut fuir.

La police remonte son barrage jusqu’à la 32ème. Nous entendons qu’il y a des milliers de morts. Des hommes et des femmes tombent prostrés dans Washington Square au moment où la première tour s’effondre. Un peintre croque l’instant à toute vitesse.

J’ai une seule idée en tête: prévenir la famille. L’un d’entre nous est italien. Nous nous dirigeons vers Little Italy: un compatriote ne lui refusera jamais de téléphoner à la « mama ». Nous tournons au coin de la rue quand la deuxième tour s’effondre. Je prends des photos. C’est une réaction purement instinctive. Cela me permet de garder l’événement à distance. Un de mes amis a eu le même réflexe. L’autre, non. Il prend l’événement de plein fouet et s’effondre en larmes.

Pour la première fois, nous sommes gagnés par l’idée que l’événement est d’une ampleur considérable. Nous avons peur de la réaction de Bush. Nous pensons que nous assistons au début de la troisième guerre mondiale.

A peine quelques dizaines de minutes après l’effondrement des tours, des files d’attentes se forment devant les hôpitaux pour donner du sang. Un de mes amis se met dans la queue mais le sang des étrangers n’est pas accepté. Je ne saurais dire pourquoi.

En remontant la 5ème avenue: nous croisons des militaires mitraillette au poing qui nous ajustent dès que nous essayons de les prendre en photo. La tension est de plus en plus palpable. La solidarité s’organise à une vitesse folle. Des tables sont installées devant les immeubles pour distribuer des verres d’eau aux rescapés qui remontent vers le haut de Manhattan. Nous croisons des hommes torses nus, hagards et couverts de poussière.

Nous parvenons enfin à téléphoner dans un grand hôtel.

Time Square, le poumon de NY est vidé, il n’y a pas une seule voiture. Cette nuit il a plu sur Manhattan.

New York – 12 septembre.

Nous allons comme d’habitude dans notre « grocery ». L’épicier nous offre un café sur trois, c’est un musulman et plus personne n’entre dans sa boutique. Nous nous dirigeons vers les siège d’Air France pour organiser notre retour. Tous les vols sont supprimés et nous ne pensons qu’à une seule chose: il faut partir avant le déclenchement de la troisième guerre mondiale. Coup de chance, notre vol semble être confirmé mais il faudra arriver quatre heures à l’avance, et petit détail effrayant on nous demande quatre photos d’identité au cas où. Afin de se sortir de l’événement, nous visitons Le Metropolitan et Harlem. Partout c’est la tristesse, des fleurs jonchent l’entrée des casernes de pompiers, des immeubles. Les fumées sont toujours visibles depuis Harlem.

Dans Time Square, les messages patriotiques de Bush tournent en boucle. Sur Broadway « Sometimes the show must not go on» s’affiche en lettres lumineuses.

Des sergents recruteurs sont déjà là. Le patriotisme est exacerbé, surtout dans les couches sociales les plus basses: des drapeaux partout, sur les taxis, sur la chevelure des femmes… Dans les quartiers chics, c’est beaucoup plus discret.

New York 13 et 14 septembre.

Les New Yorkais et les touristes se ruent sur les effigies des Twins dans les magasins. Ils achètent des tee shirt « never forget » et autres souvenirs. Durant ces deux journées, les alertes à la bombe se succèdent et notamment à la gare centrale. La foule descend des building.

Nous interpellons une passante. Apprenant que nous sommes Français: «  Ah, c’est pour cela que vous êtes si calmes, vous avez l’habitude ! ». La vie reprend son cours, tristement, les gens pleurent dans les rues, les avis de recherche recouvrent les murs.

La panique reprend un bref instant la ville lors de la visite de Bush à « Ground Zero » quand des avions militaires survolent Manhattan pour l’occasion.

New York 15 septembre.

Nous réussissons à partir via Madrid. Enfin nous allons rentrer en France !

 

1 commentaires
3704 Lu

Belles images

par julie Tapissier | 05-09-2008

Ces photos sont superbes ! On a du mal à imaginer ce que les new yorkais ont vécu. Merci de nous le faire vivre. C'est très émouvant.