Christine Caron

Présidente de la section Natation au Lagardère Paris Racing
Porte Drapeau de la Délégation française aux Jo de Mexico en 1968. Christine Caron a été 29 fois championne de France et plusieurs fois recordwoman du monde. Elle a été décorée de l’ordre du Mérite National, a été élevé à la dignité de chevalier de la Légion d’Honneur et a reçu la distinction de l’Ordre Olympique (CIO 1985). Elle est aujourd’hui Présidente de la... plus
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J’arrive à Mexico avec la délégation française sous un soleil éclatant. Nous nous étions entrainés dans de très bonnes conditions à Font-Romeux. Je sais déjà que ce sera ma dernière entrée dans un stade olympique en tant que sportive. Je n’ai que vingt ans mais je pense être allée au bout de ce que je pouvais donner. Les longues heures d’entraînement et les voyages autour du monde m’ont été bénéfiques sur beaucoup de points mais il est temps pour moi de passer à autre chose. Tout  paraît possible à vingt ans. J’ai des rêves plein la tête : la mode, le chant, le cinéma. La vie m’offrira la chance de pouvoir accomplir ces rêves : je me suis lancée pour quelques mois dans une carrière de chanteuse de cabaret ; j’ai été comédienne pour le film Le Lys de la mer ; j’ai même été pilote automobile le temps d’un Paris-Dakar. Je finis tout de même ma carrière olympique en beauté car me voilà nommée porte-drapeau de la délégation française. C’est un immense honneur que m’offre le comité non seulement pour la sportive que je suis mais aussi pour la femme puisque je suis la première à avoir droit à cette distinction au sein de la délégation française. Le comité olympique français s’est peut être laissé emporter par la vague révolutionnaire de Mai 68 et son lot de féministes.  Je ne suis pas la seule femme à vivre cette révolution : lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Mexico, la flamme olympique est portée pour la première fois par une athlète féminine, Norma Enriquesta Basilio de Sotelo.

Mexico, c’est la chaleur communicative. L’ambiance au village olympique est grisante. Tout le monde est heureux. Il y a certes, chez certains sportifs, quelques appréhensions concernant l’altitude de la ville et ses éventuelles conséquences sur les performances sportives, mais le soleil de Mexico nous fait tout oublier. Le village olympique est un carrefour de couleurs où tout se mélange. Entre deux compétitions, je me promène dans le village olympique avec mes amis athlètes et chaque pas est ponctué d’un fou-rire. Nous sortons dans les bars le soir, nous allons dans les boîtes de nuit nous amuser. Les JO, une fois la compétition finie, deviennent l’occasion de se rencontrer entre sportifs des différentes disciplines et de faire la fête.

La compétition se déroule à merveille même si  mes performances ne sont pas  à la hauteur de celles que j’ai pu accomplir précédemment. Malgré une place de finaliste pour le 200 mètres dos,  je ne remporte aucune médaille. Rien à voir avec mes premiers JO à Tokyo en 1964. J’y avais remporté une médaille d’argent pour le 100 mètres dos. Mais cela n’altère en rien mon enthousiasme. Loin de me décourager je tente d’assister à un maximum de compétitions. Les sportifs donnent le meilleur d’eux-mêmes dans les différentes épreuves. Pour un athlète, les jeux Olympiques sont une consécration : il s’entraîne depuis quatre ans, parfois plus, et le fait d’être sélectionné est déjà révélateur de son niveau. Alors quand un athlète se trouve aux Jeux, il n’a qu’une seule idée en tête : gagner. Je sais ce qu’ils éprouvent, je comprends leurs doutes, leurs efforts ainsi que tous les sacrifices qu’ils ont dû subir pour en arriver là.

Le 17 octobre, je suis dans le stade pour assister aux épreuves d’athlétisme. Tout se déroule normalement, le public est au rendez-vous, la chaleur et la bonne humeur aussi. Seulement voilà, un événement majeur va venir perturber cette journée et rester dans l’Histoire. A l’issue de la course de 200 mètres, les gagnants se dirigent vers le podium pour recevoir les honneurs qui leurs sont dûs. Je vois alors John Carlos (médaille d’or) et Tommie Smith (médaille de bronze) lever leurs poings gantés de noir pendant l’hymne américain. Autour de moi les réactions les plus diverses se font entendre. Il y a ceux qui se taisent, et ceux qui applaudissent. A cet instant, mes souvenirs m’emportent vers mon voyage en Afrique du Sud quelques années auparavant. J’y avais découvert l’horreur de l’apartheid. J’avais à peine 16 ans mais l’image de ce banc sur lequel des enfants blancs étaient assis, leur nounou noire à leurs pieds restera à jamais gravée dans ma mémoire.

Avant ce voyage je n’avais pas conscience de l’existence de discriminations raciales. Le geste de Smith et Carlos me fait réaliser qu’elles existent plus près de nous, au cœur même des Etats-Unis. Je perçois immédiatement la formidable force symbolique de ce geste, mais je ne réaliserai que bien plus tard son importance.

Quelques jours après, nous apprenons que John Carlos et Tommie Smith ont été définitivement radiés des Jeux Olympiques et de tout sport de haut niveau. Contrairement à ce que l’on croit, cet épisode n’est, au moment des Jeux Olympiques, qu’un épiphénomène. Les performances sportives font l’événement bien plus que le poing levé des américains. Cela se confirme le lendemain, le 18 octobre, quand Bob Beamon pulvérise le record mondial du saut en longueur en atteignant le chiffre incroyable de 8,90 mètres : toute la presse s’en fait alors l’écho.

Les discussions entre sportifs sont principalement orientées autour des prouesses sportives. Nous ne faisons qu’évoquer, assez rapidement, le poing levé de Smith et Carlos sans vraiment y trouver une justification ou en percevoir l’impact. Cette relative indifférence est partagée par les médias : A mon retour à Paris aucun journaliste ne prend la peine de m’interroger sur Smith et Carlos.

Le choix du geste des athlètes américains était le leur. Il appartient à un athlète de prendre la décision de montrer ou non ses convictions politiques sur un podium ou ailleurs et je ne trouve rien à y redire.  En revanche, un athlète ne doit pas être pris en otage ou agir sous la pression des médias ou de son entourage. La pression exercée sur ses épaules dans le cadre strictement sportif est déjà bien suffisante.

Il y a de cela deux ans je suis tombée sur un reportage au cours duquel Tommie Smith racontait sa vie. Il a tout perdu et n’a jamais trouvé un travail décent. Comme nombre de sportifs, il n’avait pas réfléchi à une reconversion possible. Je ne sais s’il regrette son geste, mais une chose est sûre : ce poing levé qui intéressait si peu à l’époque, est entré dans l’histoire.

1 commentaires
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message d'un admirateur !

par Thierry Klajman | 04-08-2008

Chère madame, Je suis en train de vous écouter sur Europe 1. Féru de sport, je me régale à l'avance des tout proches Jeux olympiques, et tout comme vous j'espère que les Français y brilleront de tous leurs feux. Né en 1959, je ne vous ai connu qu'a posteriori, mais cela ne m'empêche pas de connaître votre carrière sur le bout des doigts. c'est toujours un plaisir de consulter votre palmarès et de vous écouter raconter votre époque. Le sport a bien changé depuis, mais au moins vous aviez la spontanéité inhérente à l'amateurisme. J'aimerais beaucoup que vous répondiez à ce message, et que vous me donniez des nouvelles. Pour commencer, pouvez-vous me dire quand est décédée Suzanne Berlioux ? Avez-vous eu des contacts avec sa fille Monique ? Comment vivez-vous actuellement ? J'espère que vous ne trouverez pas mes questions trop envahissantes et, encore une fois, merci de ce que vous avez accompli dans l'élément liquide, et pour votre disponibilité actuelle. À bientôt j'espère Christine