Ludovic Romanens

Souvenirs associés
Je suis journaliste depuis une quinzaine d’années, actuellement grand reporter à TF1.
Les cérémonies du 14 juillet approchent, nous savons que des parachutistes vont sauter au dessus de Paris. Avec ma rédaction, nous avons rapidement l’idée de faire vivre ces sauts aux téléspectateurs. Ce qui serait formidable, c’est qu’un journaliste - un civil donc - puisse sauter avec les militaires, être au cœur du dispositif. La rédaction va rapidement me désigner pour assurer la mission et bien entendu je vais immédiatement répondre présent. En effet, une telle opportunité ne se refuse pas, sauter au dessus de la plus belle ville du monde serait absolument génial ! Et puis j’ai déjà sauté trois fois à titre privé, j’ai donc un semblant d’expérience en la matière. Sans compter que je suis adepte de sports extrêmes, ceux qui provoquent ces décharges d’adrénaline qui me sont si chères. Pour toutes ces raisons, je vais être désigné pour couvrir le sujet.
Pendant la semaine qui va précéder le jour J, un certain nombre de démarches vont être entreprises. Une telle odyssée ne s’improvise pas, le cadre administratif est strict et la procédure parfaitement verrouillée. La première de ces démarches sera bien entendu d’obtenir le feu vert des autorités, le Gouverneur militaire de Paris en l’occurrence. Après avoir obtenu l’aval de ce dernier, mon employeur doit souscrire une assurance spéciale en cas de pépin. Là encore, tout doit être parfaitement bordé. Dernière étape, la visite médicale à laquelle je vais devoir me soumettre. J’en passerai finalement deux, une civile et l’autre militaire. Il s’agit de déterminer quel est mon état de forme afin de voir s’il est compatible ou non avec un tel exercice. Ce sera une formalité puisque comme je l’évoquais plus haut, j’ai une pratique assidue du sport et l’hygiène de vie idoine.
14 juillet 2008, le jour J.
A 15H15 notre hélicoptère - un Puma - décolle de l’héliport de Paris basé à Issy-les-Moulineaux (92). A bord nous sommes quatorze : trois pilotes, dix parachutistes de l’école des troupes aéroportées de Pau et moi-même, donc.
Une vingtaine de minutes plus tard, nous sommes alors à 1200 mètres d’altitude, sept hommes sautent en premier au-dessus des Invalides.
Quelques minutes plus tard, ce sera à notre tour, les quatre derniers.
Je vais sauter en tandem avec l’adjudant instructeur Patrick Tambourindegy. Je serais accroché à son ventre, lui sera dans mon dos, à la manœuvre. Quant aux deux derniers paras, ils vont nous escorter pour filmer notre descente, l’un au dessus de nous et l’autre à côté. Pour cela, ils sont équipés d’une petite caméra fixée sur leurs casques. L’idée c’est bien sûr de faire partager au plus près cette folle descente aux téléspectateurs du 20h00.
Quelques minutes avant notre saut, nous apprenons par téléphone qu’un des hommes qui a sauté avant nous s’est fracturé la cheville en atterrissant. Il s’est probablement mal réceptionné sur le Champs de mars qui n’est évidemment pas un terrain prévu à cet effet. Cette nouvelle jettera un léger froid dans l’habitacle.
15h44, top départ dans une minute. Je n’ai pas particulièrement peur car ce n’est pas mon premier saut. En plus de cela, je suis entouré de la crème de la crème, ce qui se fait de mieux en la matière. En revanche, je suis extrêmement impatient, il me tarde d’y être, je suis tellement heureux d’avoir cette incroyable chance de pouvoir sauter au-dessus de Paris !
En fait, c’est un mélange d’émotions que je vis en ces derniers instants avant le grand saut : joie, impatience, euphorie, excitation mais aussi concentration car je si je suis là, c’est avant tout pour faire mon travail. Je me dois donc de garder la tête froide pour être apte à commenter mon saut à l’arrivée face à la caméra de TF1 qui m’attend en bas.
15h45, altitude 3300 mètres, ça y est c’est le grand saut ! Saut qui, je le précise, n’a pas été répété.
En dessous de nous, le ciel est bleu azur et maculé de quelques nuages. Paris semble minuscule.
Il y a d’abord la chute libre à plus de 250 kms/heure. Sensation vertigineuse.
Puis après qaurante secondes de pure adrénaline, mon instructeur déclenche son parachute. Nous sommes alors à 1500 mètres d’altitude, la voile s’ouvre, le choc est violent, on ralentit d’un seul coup, c’est une sensation assez brutale et toujours aussi étonnante. Alors on se met à planer jusqu’au sol. Notre descente va durer environ six minutes et ce sera un vrai grand moment de grâce. Je me souviens notamment de la traversée de la couche nuageuse, tout se brouille quelques secondes et d’un seul coup - boum - on en prend plein les yeux, c’est du grand cinémascope ! Imaginez un peu l’émotion que j’ai pu éprouver en découvrant sous mes yeux la majesté de notre sublime capitale… Le Grand Palais, l’Elysée, les Invalides, les Champs-Elysées, la place de la Concorde… Tout cela dans une lumière sublime ! Paris était à mes pieds, j’avais l’impression de survoler l’Histoire !
Nous sommes descendus lentement, doucement, en opérant des cercles concentriques dans le ciel comme il est d’usage de le faire avant de se poser sur sa cible. A cet instant, j’ai demandé à mon instructeur si je pouvais prendre les commandes. Il a accepté, je tirais un coup à gauche, un coup à droite, sensation unique de liberté absolue. Un moment, nous nous sommes rapprochés de la tour Eiffel, c’était fou, je ne l’avais vue comme cela. D’en haut elle me paraissait si petite, presque une miniature. Puis nous nous sommes approchés d’elle, à sa hauteur, à sa dimension, c’était incroyable !
Alors nous avons opéré un dernier virement et nous nous sommes placés dans l’axe de notre cible, un Y orange d’une bonne dizaine de mètres qui avait été dessiné sur l’aire du Champs de mars. Atterrissage parfait, tout en douceur.
Je n’ai pas vraiment eu le temps de prolonger le rêve, il me fallut presque aussitôt assurer le commentaire de mon saut face à la caméra. En fin d’après midi, je suis rentré à la rédaction afin de monter mon sujet pour le JT de 20h00. Sujet qui sera bien entendu diffusé le soir même.
Je garde de cette journée un souvenir magique. Oui, je crois que c’est bien le mot qui qualifie le mieux ce que j’ai vécu : magique. Je me suis senti vraiment privilégié de pouvoir vivre cette expérience unique : un saut au-dessus de Paris c’est une chose qu’on ne fait qu’une fois dans sa vie !
Ce 14 juillet 2008 restera très longtemps gravé dans ma mémoire, c’est certain. Tout y était ce jour-là : l’adrénaline que j’affectionne tant, l’émotion, la joie, la fébrilité, l’émerveillement mais aussi, professionnellement parlant, la satisfaction d’avoir pu faire vivre et partager cela aux millions de téléspectateurs du JT.
Au fond, je ne garderai qu’un seul petit regret de cette inoubliable journée de juillet : c’était si magnifique que… C’est passé trop vite ! Mais quel bonheur, rien qu’à l’évoquer j’en ai encore des frissons…









